Depuis 1988, la France n'a compté qu'un seul prix Nobel d'économie, celui de Maurice Allais pour ses contributions à la théorie de l'équilibre général et partiel.
Et depuis, pas une grande voix française n'a dominé le gotha des grands économistes mondiaux, à telle enseigne que ce sera à un prix Nobel américain, M.Stiglitz que nous ferons appel quand il faudra réfléchir à une nouvelle façon de mesurer notre bonheur.
Pourquoi notre pays tellement à l'aise dans l'analyse des causes ou le raisonnement cartésien s'arrête-t-il à la porte de l'économie? La raison profonde est selon moi culturelle : les jeunes européens, américains ou chinois baignent depuis leur plus jeune age dans une culture entrepreneuriale dont la large pénétration engendre comme au basket, ou aux 100 m, des champions, des prix nobel. Je citerai deux exemples, particuliers certes, mais combien caractéristiques de cette mentalité. Le premier est l'ouvrage du Professeur McClelland de Harvard sur le "Need for achievement" où il fait la démonstration du lien entre volonté d'entreprendre et réussite économique. Le second me vient d'un voyage en Chine où l'adorable fille de notre guide me montrait le livre "guerrier" qu'elle lisait en me faisant ce commentaire: c'est tres bon pour réussir dans les affaires!
Or en France, nous vivons dans une culture complexe faite de méfiance par rapport aux phénomènes économiques (méfiance dûe souvent à leur méconnaissance), de regard ambigu sur l'argent, le gain, la réussite, image dévalorisée de l'entreprise privée, le tout amplifié par la crise que nous vivons et les dérives dramatiques du système bancaire.
Dans ce contexte il faut saluer l'initiative de Luc Chatel qui a souhaité remettre dans les programmes d'enseignement de la seconde celui de l'économie. C'est ainsi que les élèves de seconde se voient désormais offrir la possibilité de choisir entre un programme d' "Economie et gestion" et "un programme d"'économie et sociologie", ceux qui le souhaitent pouvant opter pour les deux programmes.
Dans ce cadre, on peut espérer que nos jeunes pourront acquérir la batterie d'outils minimale qui leur permettra de comprendre ce qu'est une offre, une demande, un prix , un bénéfice (que nombre de nos compatriotes continuent à confondre avec un chiffre d'affaires), bref les fondamentaux de l'économie dans laquelle ils vivent, avec ses forces, ses faiblesses, ses réussites, ses difficultés et ses incertitudes.
C'est seulement quand on aura familiarisé depuis leur plus jeune âge, les hommes et les femmes de notre pays avec les notions d'innovation, de création de valeur, de bonne gestion, même et surtout quand il y a prise de risques, que leur potentiel de créativité pourra s'épanouir et fournir cette nouvelle génération d'entrepreneurs dont nous avons tellement besoin et dont la voix pourra se faire entendre à nouveau à Stockholm. !
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde