Changer? oui, mais comment?
On s'accorde généralement à penser qu'un traumatisme causé par un choc douloureux est suffisant pour proquer un changement déterminant et durable. Vous avez rencontré comme moi des amis, qui à la suite d'un accident de santé vous diront q'ils ont "compris", que désormais ils ne fumeront plus (par exemple) et qu'ils consacreront désormais leur temps à des choses vraiment importantes, leur famille venant souvent en tête de liste, leur rêve inassouvi venant en second.
L'article " getting out of the habit" du New York Times dans le supplément du Monde du 21 Février 2009 a remis en question ces convictions profondes. En effet le journaliste se fait l'écho de recherches récentes qui, après avoir noté la "non durabilité" du changement suite à un traumatisme, présente quelques pistes originales pour déclencher un changement et le perpétuer.
Comment déclencher le changement? Il faut tout d'abord nous dit-on prendre conscience par soi-même de la nécessité du changement.
Ainsi je me souviens de la Direction de la Recherche et du Développement, enfant gâté de ce grand groupe chimique international dont les chercheurs avaient un budget illimité. Devant l'OPA hostile à laquelle le Groupe devait faire face et le besoin en réaction de réduire les coûts, la Direction des Achats décida que chaque demande d'achats émanant de la R&D (jusque là toujours automatiquement approuvée) devait être accompagnée d'une estimation de son coût. La seule prise de conscience par les intéressés du coût de leurs demandes réduisit leur montant de plus de 30%.!
Seconde méthode plus classique pour provoquer le changement: la veille concurrentielle et le benchmarking: si d'autres, nos voisins y arrivent, pourquoi pas nous ? et surtout plus vite nous serons à leur niveau plus nous aurons de chance de protéger nos marchés ...
Et puis surtout, une fois le changement entamé, comment le perpétuer?
Je pense à nos multiples tentatives d'économies d'énergie, de réduction de vitesse, de plans d'isolation qui démarrent toujours en fanfare et s'arrêtent à la premère baisse du prix du barril de pétrole brut!
Et là l'article donne quelques pistes otiginales tout au moins dans leur application. Ainsi un particulier dans les états de Caifornie, de Washington ou à Chicago, réduisant sensiblement sa consommation reçoit actuellement de son fournisseur d'énergie , une facture valorisante agréable, dans sa présentation, son libellé. A contrario, celui qui fait fi de sa consommation recevra une facture austère, déprimante. On est là dans la prise de conscience et l'entretien de bonnes dispositions.
Et cet excellent article va nous citer un exemple éducatif d'économie non basé sur la prise de conscience mais sur une connaissance intime des mécanismes psychologiques de la nature humaine: c'est cette tentation de vouloir viser et atteindre une cible. C'est ce qui a été fait dans les toilettes de Schipol l' aéroport de Amsterdam, où la Direction a intégré astucieusement une mouche dans chaque urinoir, ce qui a permis une réduction de 80% des débordements!
Et pour conclure, rappelons nous ce mot de Sénèque : video meliora, proboque deteriora sequor !
(et pour la minorité d'entre vous dont le latin ne serait pas la langue maternelle, je traduis librement:
je vois les pistes d'amélioration, je les approuve et pourtant je continue à mal faire!
Allons, il est encore temps pour nous de changer par nous même avant que les éléments ne nous y contraignent.!
Bonne soirée
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde