Management et vie publique

22 février 2009

Changer? oui, mais comment?

On s'accorde généralement à penser qu'un traumatisme causé par un choc douloureux est suffisant pour proquer un changement déterminant et durable. Vous avez rencontré comme moi des amis, qui à la suite d'un accident de santé vous diront q'ils ont "compris", que désormais ils ne fumeront plus (par exemple) et qu'ils consacreront désormais leur temps à des choses vraiment importantes, leur famille venant souvent en tête de liste, leur rêve inassouvi venant en second.

L'article " getting out of the habit" du New York Times dans le supplément du Monde du 21 Février 2009 a remis en question ces convictions profondes. En effet le journaliste se fait l'écho de recherches récentes qui, après avoir noté  la "non durabilité" du changement suite à un traumatisme, présente quelques pistes originales pour déclencher un changement et le perpétuer.

Comment déclencher le changement? Il faut tout d'abord nous dit-on prendre conscience par soi-même de la nécessité du changement.

Ainsi je me souviens de la Direction de la Recherche et du Développement, enfant gâté de ce grand groupe chimique international dont les chercheurs avaient un budget illimité. Devant l'OPA hostile à laquelle le Groupe devait faire face et le besoin en réaction de réduire les coûts, la Direction des Achats décida que chaque demande d'achats émanant de la R&D (jusque là toujours automatiquement approuvée) devait être accompagnée d'une estimation de son coût. La seule prise de conscience par les intéressés du coût de leurs demandes réduisit leur montant de plus de 30%.!

Seconde méthode plus classique pour provoquer le changement: la veille concurrentielle et le benchmarking: si d'autres, nos voisins y arrivent, pourquoi pas nous ? et surtout plus vite nous serons à leur niveau plus nous aurons de chance de protéger nos marchés ...

Et puis surtout, une fois le changement entamé, comment le perpétuer?

Je pense à nos multiples tentatives d'économies d'énergie, de réduction de vitesse, de plans d'isolation qui démarrent toujours en fanfare et s'arrêtent à la premère baisse du prix du barril de pétrole brut!

Et là l'article donne quelques pistes otiginales tout au moins dans leur application. Ainsi un particulier dans les états de Caifornie, de Washington ou à Chicago, réduisant sensiblement sa consommation reçoit actuellement de son fournisseur d'énergie , une facture valorisante agréable, dans sa présentation, son libellé. A contrario, celui qui fait fi de sa consommation recevra une facture austère, déprimante. On est là dans la prise de conscience et l'entretien de bonnes dispositions. 

Et cet excellent article va nous citer un exemple éducatif d'économie non basé sur la prise de conscience mais sur une connaissance intime des mécanismes psychologiques de la nature humaine: c'est cette tentation de vouloir viser et atteindre une cible. C'est ce qui a été fait dans les toilettes de Schipol l' aéroport de Amsterdam, où la Direction a intégré astucieusement une mouche dans chaque urinoir, ce qui a permis une réduction de 80% des débordements!

Et pour conclure, rappelons nous ce mot de Sénèque : video meliora, proboque deteriora sequor !

(et pour la minorité d'entre vous dont le latin ne serait pas la langue maternelle, je traduis librement:

je vois les pistes d'amélioration, je les approuve et pourtant je continue à mal faire!

Allons, il est encore temps pour nous de changer par nous même avant que les éléments ne nous y contraignent.!

Bonne soirée

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

28 janvier 2009

Gérer l'imprévisible . Notes prises lors du FIEF au Conseil Economique et Social

1. Tous les économistes, prévisionnistes et autres futurologues se sont trompés sur l'étendue de la crise et sur son calendrier
2. tous aujourd'hui savent qu'ils ne savent rien (et continuent à faire des prévisions)
3. les prévisions les plus pessimistes sont les plus probables
4. faire des prévisions pessimistes contribue à les rendre probables
5. la crise n'était pas imprévisible, nous dit M.Cheng , puisque avant même les Jeux Olympiques, M. Stiglitz, Prix Nobel d'économie, était à Pékin et l'avait prévue (et  nous avons tenu compte en Chine de cette mise en garde ...)
6. à la question "comment voyez-vous la situation actuelle la bouteille est-elle pour vous à moitié pleine ou à moitié vide? le même M. Cheng répond par une analogie tirée du monde la cuisine : un cuisinier japonais, dit-il,  prend les meilleurs ingrédients,les découpe devant vous et vous les sert tout crus. Ce n'est pas ,dit M.Cheng, de la cuisine. Par contre un cuisinier chinois prend la partie la moins noble du porc, la cuisine et en fait un plat exquis....
7. et pour finir une histoire pleine d'enseignements, racontée, je crois, par le professeur Christian De Boissieu .

Dans un bar un anglais, un allemand et un français sont en train de consommer. Rentre un personnage hors du commun, Jésus, lui-même dans un dénuement total et mourant de soif. N'ayant pas d'argent sur lui, le barman, refuse de le servir, l'anglais lui offre alors un scotch, Jésus lui serre la main en remerciement et miracle: l'anglais n'a plus la main ankylosée, de son côté l'Allemand lui offre une bière; serré en remerciement par Jésus, nouveau miracle: l'allemand sent tous ses rhumatismes disparaître, ce que voyant le français dit: "ne me touchez pas, je suis en arrêt maladie"!

Comme quoi, on peut être en crise et garder le sens de l'humour.

Maintenant si vous voulez avoir l'intégralité des communications dans leur austérité et leur richesse, vous les trouverez bientôt sur le site des éditions ESKA.


Bien à vous

Paul Ohana

25 janvier 2009

Liberté, égalité, diversité

Décidément liberté, égalité, diversité sont des symboles de la République très sollicités par les temps présents: on se rappelle (voir ma note "parlons diversité") que lors d'une réunion particulièrement animée de Génération France, Jean-François Copé avait osé focaliser l'approche de la diversité autour de la question: faut-il instaurer des quotas? Le 24 Janvier dans la rubrique Débats du Journal Le Monde, Monsieur Yazid Sabeg, présent à cette réunion et devenu depuis "Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances" répond d'une manière catégorique: la réponse est claire et unique: c'est non.

Nous voilà donc fixés sur ce point clé, satisfaits pour d'aucuns par cette précision, déçus, pour d'autres dont nous; pourquoi le quota cet outil efficace,qui commence à faire ses preuves en matière d'handicap, de parité ou de zones d'enseignement prioritaire, est-il écarté aussi rapidement du débat? Serait-ce que la question de la diversité soit moins importante que celle de la parité, ou du handicap? Est-ce que, pour citer M.Sabeg, nous ne serions pas encore arrivés à des situations d'extrême rélégation, de blocage avéré de la mobilité sociale (qui nous permettrait) de nous affranchir du droit commun et mettre en place des mesures d'exception?

Essayons de voir clair dans une situation où les notions de diversité et de discimination, d'égalité réelle et d'équité, se percutent et se confondent dans un climat passionnel, et où sous couvert d'absence d'analyse statistique, on voudrait s'abstenir d'analyse politique tout en se réclamant du respect de textes obscurs.

  • Premier constat: l'image de la "population française" des années 2.000 n'est plus la même que celle des années 1950 et a fortiori 1900. Que l'on soit dans la rue, dans le métro, en entreprise, à la Poste ou à Roissy, le visage de la rue est divers avec des hommes et des femmes de toutes origines, de tous accents.C'est un constat qualitatif, ce n'est pas le résultat d'une étude statistique avec des chiffres à quatre décimales après la virgule dont l'INSEE a le secret. Mais c'est un fait qui saute aux yeux
  • Deuxième constat: quand nos banlieues s'enflamment, les jeunes que l'on voit manifester, ces jeunes que l'on interviewe à la télé, que l'on croise aux pieds des tours de la Courneuve ou de Saint Denis, ces jeunes n'ont pas le même profil qu'un fils de paysan de la Creuse ou d'un lycéen de Passy Auteuil. Là aussi, pas de chiffres, peut être pas d'études sociologiques exhaustives, mais là aussi des constats évidents .
  • Troisième constat : indépendamment de l'accueil généreux des réfugiés politiques, la France a été de tous temps une terre d'immigration importante, à partir de pays européens tout d'abord, italiens, polonais,nord africains ensuite, algériens et marocains en majorité, aficains du centre et du sud, ensuite gabonais, sénégalais, nigériens,..en provenance des anciennes colonies et puis depuis peu à partir des autres pays de l'Union Européenne. Certains sont venus pour rester en France, d'autres pour rejoindre leur famille, d'aucuns pour repartir dans leur pays d'origine. Mais le constat est là, nombre d'entre eux sont restés en France et y sont pour la deuxième génération, souvent pour la troisième . Ils sont donc juridiquement français au même titre que vous et moi.

        C'est cet ensemble qui fait la population française dans sa diversité. De ces trois évidences, pourtant non partagées, comment passe-t-on à la lutte contre la discrimination (confiée à la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) ) et à la promotion de l'égalité des chances, confiée au nouveau Commissariat à la diversité et à l'égalité des chances?

C'est parce que semble-t-il on retrouve dans les banlieues (en période de calme ou de trouble) des jeunes qui ont été discriminés et qui n'ont pas eu les mêmes chances que les autres.

CQFD et la boucle est bouclée.

Est-ce que cette analyse est complétement exacte? la situation actuelle n'est-elle pas polluée par des facteurs exogènes?  les historiens et les sociologues nous le diront dans quelques années. Mais le pouvoir politique ne peut attendre des délais si longs. Goethe disait: je préfère une injustice qu'un désordre. Evitons donc le désordre au prix d'une éventuelle injustice.

Assumons pleinement politiquement notre raisonnement: luttons contre les exclusions et rétablissons cette égalité des chances théorique et idéale en donnant à tous les exclus le supplément de chances qui les mettra au même niveau que les Français de "souche".

Ce supplément de chances égalisateur s'appelle-t-il quotas ? pourquoi pas

Mais il ne saurait suffire, ce chantier ne pourra montrer des résultats tangibles que si l'ensemble de la nation accepte comme un fait irréversible que notre population est diverse et que si cette "diversité" est mise en condition de contribuer socialement, politiquement, économiquement au développement du pays plutôt que de poursuivre sa marginalisation.

Partout où ces deux conditions ont été mises en oeuvre, les résultats ont été au rendez-vous.
Alors n'attendons pas une autre batterie d'indicateurs objectifs, utiles sans aucun doute mais en aucun cas prioritaires, et à l'image de Sciences Po multiplions les chantiers universitaires innovants, expérimentons puis déployons ensuite à travers la France, faisons de cette diversité constatée une diversité acceptée, assumée, valorisée.

La France, les français, les anciens comme les nouveaux ont tous tout à y gagner.

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

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20 janvier 2009

"Gérer l'imprévisible" un Colloque au Conseil Economique et Social le 26 Janvier 2009


Le prochain colloque du Forum International de l'Economie et de la Finance organisé par les Editions Eska a choisi pour thème provocateur : gérer l'imprévisible.

Ce thème m'a interpellé car j'y ai vu une forme de justification de la situation actuelle.

Alors je vous livre en vrac quelques considérations sur ce qui est prévu, ce qui ne l'est pas, ce qui est imprévisible et ce qui ne l'est pas.

Est imprévu , ce qui n'a pas été prévu, sous entendu qui aurait pu l'être et ne l'a pas été.

Une prévision c'est ce qui va se passer dans un avenir proche, sauf imprevu.

exemple: les prévision de l'INSEE en matière d'emploi, mais là pardon, il ne s'agit plus de prévisions mais de constat: ce sont les chiffres de l'INSEE

Est imprévisible ce que l'on ne peut pas raisonnablement prévoir, qui est de l'ordre de la force majeure qui est non seulement imprevisible mais egalement insurmontable, exemple les chutes de neige en montagne et les coupures de courant correspondantes et fréquentes.

Une crise est souvent prévisible, elle est souvent même annoncée par de multiples Cassandre mais comme leur nom l'indique ceux-ci ne sont pas crus et par consequent, elle passe à la catégorie imprevue.

 La prospective, elle, se propose de bâtir un futur souhaitable, en d'autres termes elle essaie de transformer le prévisible en souhaitable.

Crise et opportunité: on rappelle souvent que les idéogrammes qui symbolisent ces deux concepts sont les mêmes en chinois. Une crise est souvent porteuse d'opportunité, à condition de savoir en tirer parti et ne pas s'enfoncer dans la crise.

En effet la stratégie classique est celle qui consiste à vouloir revenir à la situation antérieure, exemple sauver l'industrie automobile (sous entendu revenir au statu quo ante), comme à l'époque, sauver la sidérurgie, sauver les chantiers navals, ou encore sauver le système bancaire actuel, et bien sûr en maintenant les avantages acquis des parachutes dorés.

On voit bien que ce type d'approche ne fait que retarder l'échéance.

L'approche responsable est celle qui à la lumière d'un constat réaliste va dessiner le futur possible, prévisible et souhaitable en assumant le présent. Et pour cela, il faut bien sûr être d'accord sur le constat, être d'accord sur une vision prospective partagée, deux constats politiques que seule une grande adhésion populaire permettra de partager.

Il semble que les Etats Unis redevenus récemment nos amis aient adopté cette approche, alors pourquoi pas nous?

d'autant que nous sommes dans le même bateau!

Bien à vous

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation concorde

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11 décembre 2008

Parlons "diversité"

Hier soir, mercredi 10 décembre Jean-François Copé s'est livré à un exercice de haute voltige. En effet, dans le cadre du cercle Génération France. Il avait réuni près de 1000 personnes à l'hôtel Méridien avec une invitation qui portait le titre provocateur: Liberté, Egalité, Diversité et qui incitait les participants à se préparer à débattre de la question: faut-il instaurer des quotas?

Pour intervenir, des grands témoins , parmi lesquels Yazid Sabeg, le Président du CRAN, Eric Zemmour, Delacharrière, Luc Chatel, Yves Jego, Yasmina Benguigui, le Président de l'Association "Nos banlieues ont du talent" et d'autres dont le nom m'échappe ...

Si je devais faire une analyse rapide de cette audience, reflet ou pas de la société française, je dirais que j''y ai trouvé
     un public français "de souche" (attention aux mots!) qui selon moi ne s'est pas beaucoup exprimé (     ou était-ce la volonté de l'animateur ?)
    de nombreux intervenants de "minorités visibles" (quel vocabulaire!) partagés en quatre groupes    
        ceux qui se sont faits eux-mêmes et ont réussi leur intégration ou assimilation
        ceux à qui on a tendu la main et qui se sont intégrés dans la vie sociale et politique française
       ceux qui sont l'objet de discriminations au recrutement et ailleurs  parce qu'ils sont noirs ou                 maghrébins et qui souhaitent que les choses changent.
       et puis un groupe de mal entendants tout à fait émouvants venus rappeler qu'ils étaient eux aussi             une partie de la société française

Bien sûr, nous avons eu droit au récit d'expériences réussies, ici et là, de nominations politiques emblématiques, mais Yasmina Benguigui dans un film qu'elle sort bientôt nous a fait partager son émotion devant une situation de discrimination qui devient, dit-elle, de plus en plus intenable.

Je voudrais pour ma part apporter quelques commentaires iconoclastes à ce problème de la diversité.

Tout d'abord quel est l'état des lieux? quelle est la dimension du problème? quelle est la structure de la population française? Je sais qu'il est interdit de répertorier les religions, les origines ethniques de tout un chacun, mais nos experts de l'INSEE en production de chiffres ne pourraient-ils pas nous sortir une de des études dont ils ont le secret et nous donner quelques informations quantitatives et qualitatives. Sans données on ne peut se fixer d'objectifs, de budgets, de quotas ou d'autre chose.

Bien sûr qu'il ne faut pas attendre le résultat de ces études pour agir et qu'il faut multiplier les expériences réussies, les évaluer et en parler.

Mais cela ne suffira pas, il y a un point sensible qui est la motivation des décideurs politiques et de leurs électeurs.

En effet, la diversité aujourd'hui est vue plus comme un problème que comme une chance. Elle est associée à banlieues, désolation, radicalisation, c'est un mal que l'on essaie de colmater, de traiter. Elle n'est pas vue comme elle devrait l'être d'abord comme le  constat d'une situation existante qui dessine un visage nouveau de la France, porteur de nouvelles chances et de nouvelles opportunités.

Pour "réussir la diversité", il nous faut changer l'angle d'attaque, passer de la commisération de la main tendue au dialogue avec cette partie de la société, qui dans sa diversité représente aussi la frange sociale la plus faible du pays. Le traitement social de la diversité est un aspect de la solution, mais il n'est pas suffisant. Son traitement doit être nécessairement politique, car les seules alternatives restantes sont de s'enfoncer dans un scénario négatif dont les émeutes des banlieues et la radicalisation de certains nous ont donné l'exemple ou de parier sur un scénario idéal, possible et réaliste où tous les acteurs se prendraient en main pour s'accepter et construire ensemble une France diverse, où la liberté, bien sûr, mais aussi l'égalité des chances et la fraternité, pourquoi pas? seraient à l'honneur.

Bonsoir

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

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06 décembre 2008

Patrick Devedjian Ministre Responsable aussi de l'évaluation de la politique de relance.

D'aucuns se sont étonnés de voir le Président de la République nommer Patrick Devedjian au poste nouveau de "Ministre responsable de l'exécution du plan de relance". Il est vrai que ce ministère nouveau n'est pas classable suivant les canons administratifs habituels: quel est son budget ? quels sont ses effectifs? et puis bien sûr où sont situés ses bureaux? (signe ô combien distinctif de son importance, celle-ci étant directement proportionnelle à sa position vis à vis du Président et du Premier Ministre), quelle est sa place dans le Protocole, bref, quels sont les signes de l'importance apparente ou réelle de ce Ministère?.
S'engager dans ce débat, ( de combien de divisions dispose-t-il ?) c'est continuer à s'enfermer dans des schémas du passé de la gestion verticale en silos où chaque ministère se bat pour son pré carré, ses procédures, ses systèmes d'information, en un mot dans sa lenteur légendaire.
Or l'heure n'est plus aux tergiversations, nous sommes entrés dans une crise qui appelle des réponses rapides et innovantes dans leur conception et leur mise en œuvre. Les mesures annoncées par le Président de la République constituent une réponse d'ensemble à laquelle il fallait un chef de projet. Et c'est le rôle dévolu au nouveau Ministre.

Nous sommes rentrés dans un mode de management nouveau dans l'administration qui est la gestion par projet . Une gestion qui suppose organisation, coordination, suivi , aiguillon pour faire que ces projets là se fassent en temps et en heure. Et là bien sûr, il s'agit de "faire faire" par les ministères responsables et pas de "faire" à leur place. Il s'agit d'obtenir des résultats de gens et de structures sur lesquels on n'a pas de pouvoir hiérarchique . comment faire? par un délicat dosage d'alchimie d'organisation et de conviction. C'est ce que l'on nomme le management par influence.
Mais je vois pour ma part un rôle additionnel à ce Ministère, c'est son rôle d'EVALUATEUR de cette politique de relance. Il s'agit là bien sûr, d'une évaluation concomitante ou au fil de l'eau (in itineris disent les spécialistes), une évaluation qui aura pour objectifs de:
a). veiller à ce que cette politique d'ensemble soit bien sûr mise en œuvre, avec efficacité, efficience, cohérence
b). mais aussi veiller à ce que sa " valeur" prévue soit respectée, c'est à dire que les impacts attendus à savoir la sauvegarde de l'emploi, la croissance recherchée soient gardées en ligne de mire et ne sombrent pas dans les arcanes ministériels. Et bien sûr, cette nécessaire évaluation gouvernementale devra être totalement transparente, c'est à dire faire l'objet d'une communication appropriée auprès de toutes les parties prenantes, et en première ligne, auprès du Parlement. 

Voilà, je pense , une feuille de route particulièrement délicate . Sa réussite passe bien sûr par les qualités du Ministre Coordinateur, mais aussi et en premier lieu par la volonté des lignes hiérarchiques traditionnelles de jouer le jeu.
Et puisque nous sommes dans une phase de raréfaction des crédits, donnons quant à nous l'exemple, faisons crédit à M. Devedjian et souhaitons lui pleine réussite. Le pays en a besoin.

Bonsoir

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde 

01 décembre 2008

INSEE: une courbe du bonheur pour un bonheur sans commune mesure

Est-ce parce que nous sommes appelés à vivre de plus en plus "au petit  bonheur la chance"?

ou est-ce encore parce que la quête du bonheur est de plus en plus aléatoire ?

pourquoi diable l'INSEE s'est-il lancé dans la construction de la courbe du bonheur des français? Qu'allait-il faire dans cette galère ?

On croyait jusque naguère nos brillants statisticiens, experts dans l'art de mesurer des données objectives, produit intérieur brut, emploi, chômage, toutes sortes d'agrégats et d'indicateurs compris des seuls initiés.Mais voilà, l'Insee est parti du "constat, que les indicateurs qui sont son fonds de commerce étaient remis en cause dans leur capacité à retranscrire le bien-être des individus"Et donc   l'Insee n'a pas essyé de définir un nouvel indicateur, mais " d'apporter un complément, un éclairage un peu différent ".

Pour cela l'Insee s'est appuyé sur les réponses à une question posée depuis 1975 dans les enquêtes d'opinion Eurobaromètres : "Dans l'ensemble, êtes-vous satisfaits de la vie que vous menez ?"( ce qui impliquerait que l'on est heureux si l'on est satisfait de la vie que l'on mène).

Avec cette hypothèse dont le bien fondé mériterait à lui seul de longs développements,le "pic" du  bonheur se situerait donc entre 65 et 70 ans ce qui pourrait s'expliquer, nous dit l'INSEE indépendamment des effets conjoncturels et de générations, par le fait qu'"à partir de 60 ans, on a révisé ses attentes, acquis de l'expérience et de la sagesse". Après 70 ans, les choses se dégradent du fait de la "perte du conjoint ou d'un proche" ou de "problèmes de santé".

Autre élément remarquable : "La courbe du bonheur n'est pas la courbe du revenu" car  lui, est à son maximum vers 45 ans, note encore  Vincent Markus de l'INSEE. Ainsi, le revenu "même s'il contribue au bonheur", ne peut pas expliquer à lui seul son évolution.

J'ai eu l'occasion dans mes précédentes notes (Des indicateurs compréhensibles par les français). de vous rendre compte du Congres d'Istambul sur le thème "Le bonheur est-il mesurable?", je vous ai parlé également des travaux du Docteur White , et puis enfin  je vous ai entretenus de la création de la Commission Stiglitz nommée par le Président de la République pour travailler sur ce thème. C'est dire si le sujet est actuel

Pourquoi ? parce que la construction d''un indicateur ne présente de l'intérêt que s'il est un guide pour l'action.Quand on arrivera éventuellement à tomber d'accord sur ce qu'est le bonheur et ses composantes, il sera peut-être possible alors d'agir sur celles-ci. On voit donc que l'enjeu dépasse les simples calculs mathématiques pour poser un problème de choix de politique publique.

Or que nous dit doctement l'INSEE? comme Archimède sortant de sa baignoire, l'étude nous apprend donc que la courbe du bonheur atteint son maximum vers 65 ans et qu'elle n'est pas parallèle à la courbe des revenus.d'où ces deux interprétations:

1. si vous avez moins de 65 ans, le bonheur est devant vous, si vous en avez plus il est derrière vous

voilà qui a de quoi réjouir ceux qui n'ont pas encore atteint cet âge canonique et de désespérer ceux qui viennent de le dépasser! 

2. on vous l'a toujours dit, l'argent ne fait pas le bonheur; cqfd!!!

autant dire que l'INSEE n'a pas beaucoup contribué au débat sur le bonheur.

Il est vrai que la mesure du bonheur est un vrai sujet.Quelle est la définition du bonheur? quels sont ses ingrédients ? (santé, revenu, loisir, satisfaction au travail, autres...)?quelle est la part de chacun d'eux ? tous sont-ils indispensables: "un seul être vous manque et tout est dépeuplé"...ou sont-ils suivant la pyramide de Maslow successifs dans nos besoins?. (On se rappelle que la pyramide de Maslow, un outil classique de description des comportements humains , met en évidence le fait que nos besoins sont hiérarchisés, depuis le plus élémentaire besoin,celui  de sécurité jusqu'au besoin d'épanouissement personnel et que sitôt qu'un besoin n'est plus satisfait, il devient prioritaire),ces ingrédients sont-ils universels? ces ingrédients sont-ils mesurables? sont-ils dépendants de nous, de notre environnement, ou sont-ils le fait de la nature, (climat,..). Voilà je pense des questions sur lesquelles avec d'autres doit travailler la Commission Siglitz .

Mais dans l'intervalle, l'INSEE aurait pu me  poser la question suivante: "globalement, êtes-vous plus heureux aujourd'hui qu'hier"?  Et moi qui ai dépassé le pic des 65 ans, j'aurais répondu Oui sans hésitation. Pourquoi ? tout simplement parce qu'hier mes enfants m'ont fait un cadeau où il y avait marqué:" le bonheur c'est de t'avoir pour père".

Bonne soirée

Paul Ohana

Responsable Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

http://paulohana.typepad.com


 

24 novembre 2008

Zéro défaut où es-tu?

Par suite d'une erreur matérielle d'un greffier un repris de justice a été remis en liberté.
Par suite d'une erreur dans le décompte de quelques voix, le Parti Socialiste est dans la tourmente.
Par suite d'une erreur de rédaction d'une note de Bercy, des centaines de milliers de mètres carrés de surface de grands magasins ont été indûment construits en quelques mois.

Qu'est-ce que ces trois erreurs nous enseignent?
la première nous montre qu'au nom de la justice formelle on peut commettre une injustice fondamentale,
la seconde nous rappelle que dans la marée des chiffres, une voix reste une voix et peut être déterminante
la troisième enfin nous rappelle que le diable se cache dans les détails et qu'une erreur de rédaction minime peut renverser le sens d'une loi; rappelons en effet que la LME avait pour but de promouvoir la construction de nouveaux établissements petits et moyens mais en aucun cas de permettre l'agrandissement in petto des établissements existants.

et puis les trois situations ensemble nous rappellent que l'erreur est à notre porte, que nous sommes tous faillibles et qu'il nous faut faire preuve d'une grande modestie.

Rappelons nous nos gorges chaudes lors du décompte des voix en Floride lors des dernières élections américaines, pareil scandale serait impensable chez nous!!!

Alors trêve de cette arrogance dans laquelle nous nous sommes souvent drapés!

Que nous soyons dans les services, dans l'industrie ou a fortiori dans l'administration poursuivons la quête du zéro défaut, rapprochons nous de cette qualité totale idéale, mais soyons conscients que c'est une quête du Graal, que l'erreur est à notre porte.

Et dans ce cas n'essayons pas de la dissimuler , sachons la reconnaître et essayons au contraire d'en faire un levier de progrès pour faire partie de ces hommes et femmes qui ont soit réussi soit appris de leurs échecs. 

Bonne soirée

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

Paul Ohana Consultants


20 novembre 2008

Quel management demain? Faisons un rêve...

J'ai répondu il y a quelques instants à une enquête de la Harvard Business Review sur les leviers du management de demain. Après avoir fait remonter à travers une enquête mondiale les 25 thèmes qui vont façonner le management de demain, il s'agissait de les classer suivant deux échelles:
l'importance du critère d'une part, le niveau de prise en compte de ce critère au sein de notre organisation d'autre part.
J'aurai l'occasion de partager avec vous les résultats chiffrés de cette enquête. Mais sans avoir encore la hiérarchie entre les 25 critères, j'ai souhaité partager avec vous avec mes mots ce que seront les compétences, les valeurs, les motivations du manager de demain.
Notons d'abord en vrac les grands absents:
la compétence financière, le sens de l'organisation, la maîtrise des outils informatiques, le sens de l'autorité, le travail en équipe, l'importance du client, bref une grande partie de nos fondamentaux, ceux que l'on a pratiqués, préconisés, enseignés avec des variantes depuis des lustres et qui sont ceux auxquels nous sommes encore attachés.

 Alors quel est le portrait du manager "idéal" du 21eme siècle? 

Fermons les yeux et faisons un rêve.

Ce rêve nous fait découvrir un monde nouveau dans lequel évoluent des hommes nouveaux aussi.

L'entreprise évolue dans un monde ouvert où les compétences peuvent s'épanouir au delà de ses limites physiques. la diversité y règne; le monde a fait table rase du passé et encourage toutes les formes de rupture avec ce passé; hommes et femmes s'y regroupent pour partager non plus des objectifs chiffrés mais  leurs passions et leur vision commune  de la société .

Les leaders de demain auront donné un contenu différent à cette notion, ils sauront en parler comme des parents, des poètes, des sociologues,des artistes et plus comme des experts du ROI ,des EBIT ou des PER. Taylor, l'organisation pyramidale, les tours d'ivoire et les territoires réservés auront disparu; bien sûr la distance hiérarchique (contre laquelle je me bats régulièrement dans mes différentes notes sur ce blog) aura été réduite à zéro, ce qui veut dire que l'information sera abondante, fluide, transverse, démocratique.

Quant aux hommes, ils seront dans l'entreprise non plus pour vivre ou survivre mais pour partager l'atteinte d'un épanouissement personnel aux formes diverses.Dans une atmosphère de confiance dénuée de crainte, ils vivront des formes, nouvelles et acceptées, de contrôle et pourront donner libre cours à leur imagination et leur créativité.

Je vous avais dit que c'était un rêve. Demain, l'heure sera en effet à la mise en place de régulations plus strictes, de contrôles plus contraignants pour sortir de la crise dans laquelle les leaders d'hier et d'aujourd'hui nous ont plongés. Mais au milieu des vicissitdes, pourquoi ne pas penser à des lendemains qui chanteront, ce lendemain que nous aimerions laisser aux générations futures. Alors merci à la Harvard business review pour cette initiative et poursuivons notre rêve.

Bonsoir

Paul Ohana

Paul Ohana Consultants

Président de la Commission réforme de l'Etat

Fondation concorde

12 novembre 2008

Les Fonctionnaires payés au mérite: Santini calme le jeu

Fonctionnaires payés au mérite: Santini calme le jeu.

Voilà le titre d'un article paru ces jours-ci dans Challenges et qui est tout à fait caractéristique de notre mentalité et de notre culture.

Parler du mérite des fonctionnaires c'est nécessairement provoquer un sourire narquois, désabusé. à telle enseigne que celui qui en parle doit calmer le jeu! Non, ce n'est pas un moyen insidieux pour baisser les salaires des fonctionnaires. N'y en aurait-il pas qui remplissent leur rôle au service de l'Etat avec un mérite reconnaissable?

On se souvient dans le même chapitre de ce mot féroce de Tristan Bernard: qui donne aux pauvres prête à Dieu, qui donne à l'Etat prête à rire...cet Etat, mal aimé par principe.

Et pourtant, il faudra bien qu'un jour on sorte de cette posture!

Point de salut, point de reprise, point d'essor sans un respect pour nos institutions et ceux qui les gèrent.

Bien sûr ce respect ne peut ni ne doit être décrété, il doit être visible, se traduire dans les faits de la vie quotidienne comme dans les grandes décisions, ce qui implique transparence, efficacité, efficience, bref tous les ingrédients d'une vraie vie démocratique.

Or aujourd'hui un certain nombre de décisions dont celle citée du paiement des fonctionnaires au mérite. vont dans ce sens,

Alors faisons crédit à ceux qui en prennent l'initiative, évaluons les actions quand elles seront lancées , attendons les résultats et ne rejoignons pas la cohorte des grincheux drapés dans leurs avantages acquis ,qui souhaitent voir tous les autres évalués au mérite, mais pas eux!

Alors, où vous situez-vous? dans ceux qui desepèrent de l'Etat ou de ceux qui pensent que chez nous aussi Tout est Possible?

Bien à vous

Paul Ohana

Responsable Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

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