Management et vie publique

14 février 2008

Benchmarker c'est la santé : les messages forts d'une assemblée générale peu ordinaire

Un bravo, sans réserve, pour cette assemblée générale du Medef dans laquelle j'ai trouvé tous les ingrédients d'une réunion,

tonique,grâce à l'animation de l'adorable speakerine de la télévision belge, instructive, grâce aux apports des différents intervenants de qualité,

une réunion menée tambour de temps grâce à la règle des 2 minutes de parole respectée par tous,

impressionnante et porteuse de symbole enfin, il faut bien le dire, grâce au cadre exceptionnel du Parlement Européen dans lequel elle se déroulait.

Je n'entends pas revenir sur le contenu des différentes interventions, une excellente documentation nous a été remise et est téléchargeable sur le site http://www.benchmarkercestlasante.com

Par contre, je voudrais revenir sur quelques messages forts qui ont fait "tilt" chez moi.Tout d'abord cette bonne définition du benchmark de Laurence Parisot, que je partage:

"le benchmark, c'est la référence, le standard vers l'excellence" et j'ajouterai, c'est donc la voie à suivre, celle que d'autres ont empruntée avec succés, alors pourquoi pas nous?

Le benchmarking est donc une attitude qui implique volonté d'observer, de comprendre, d'adopter de nouvelles façons de procéder et donc de changer si besoin est.C''est une attitude nouvelle qui dénonce le fameux préjugé du NIH, (not invented here), qui accepte donc de comprendre qu'on peut parfois inventer et créer ailleurs aussi bien qu'ici,

C'est une une attitude qui transformerait notre exception française d'un repli frileux en une démarche de recherche de l'exceptionnel C'est une attitude enfin qui accepte que l'on change pout être tiré vers le haut plutôt que de se complaire dans des avantages acquis périssables.

Autre message fort: celui de la montée de l'économie quaternaire, cette économie qui va faire tomber la barrière entre "produits" et "services", ces produits qui ont été le règne de l'avoir plus qui vont faire la place à des services pour ""être mieux" ; ces fameux services appelés à tort services à la personne, associés restrictivement à l'image d'une personne handicapée du quatrième âge, alors que l'économie quaternaire va être la réponse à tous les besoins insatisfaits résultants des nouveaux modes de vie, des nouveaux rapports de travail, de la nouvelle organisation de la vie en famille ou en société,

Autre message analogue, celui qui fait passer le développement durable du stade de l'incantation à celui d'une nouvelle forme de création de richesses, de produits et services concrets à inventer, produire, distribuer durablement...

et pour conclure, ce clin d'oeil à cette forme de courage qui est le savoir dire oui, dire oui sans être avare de ses mots, sans formuler tout de suite un "oui mais" réducteur, dire un oui d'engagement responsabilisant, sans faux fuyant, sans parapluie.

Et c'est ce savoir dire oui qui justifiera de pouvoir dire non,un non pertinent, à propos, un dire non de courage à tous ceux qui se repliant sur eux-mêmes, sans autre forme de benchmarking, voudraient nous cantonner à voir le train passer alors que nous devrions en être la motrice.

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

http://paulohana.typepad.com

27 janvier 2008

l'arche de Noe du XXI éme siècle ou pourquoi il est important de lever les freins à la croissance

Voici sous forme d'allégorie (et de présentation ppt) une raison majeure de lever nos freins à la croissance.

Téléchargement noxximesicle.pps

Je pense que la Commission Attali aurait été de notre avis. :)

06 janvier 2008

Offre valable d'emploi: la technologie du matching au service de l'emploi

Il est effectivement impensable de constater que "500.000" offres d'emploi ne sont pas pourvues alors que nous avons encore plus de 2.000.000 de chômeurs!

Le pourquoi de la chose est multiple:

des dispositions qui ne favorisent pas le retour à l'emploi, complexité des dispositifs, perte des aides sans assurance d'un travail stable, ...

tendance naturelle à vouloir rechercher un travail analogue au précédent, réticence légitime ou pas devant la mobilité. Bref 1000 bonnes et moins bonnes raisons de perpétuer une situation ubuesque.

D'où la volonté du gouvernement de sanctionner les demandeurs d'emploi qui refuseraient deux "offres valables d'emploi" OVE , appelées encore récemment "offre acceptable d'emploi" OAE.

Et là, bonheur, nous voilà retombés dans nos bons vieux débats franco-français, débats de terminologie sans intérêt et surtout en filigrane cette méfiance respective des partenaires qui ont besoin d'un texte (encore un autre!) pour tout réglementer.

Bien sûr nous ne sommes ni les premiers ni les seuls à connaître ce problème et on pourrait s'inspirer des exemples d'autres pays européens...

On pourrait aussi faire appel à une technologie informatique simple et opérationnelle: celle du "matching" ou adéquation entre l'offre et la demande.

Pour  cela il suffit de paramétrer les offres et les demandes suivant des critères analogues convenus entre les partenaires sociaux, par exemple, qualification du poste, lieu de travail,niveau de salaire souhaité, ...tous ces critères bien sûr étant définis à l'intérieur de plages. En comparant la base de données des demandes avec la base de données des offres (matching) les propositions remontent immédiatement. Le problème est réglé avec élégance.

Et pour toutes les offres non satisfaites il est possible de faire remonter les causes de non adéquation, niveau insuffisant par exemple et prévoir alors des formations.

A un texte réglementaire, je préfère un outil d'aide au management pour autant qu'il ne se sustitue pas lui aussi au minimum de confiance qui doit s'instaurer entre ANPE-UNEDIC et les demandeurs d'emploi.

En tous cas pour avoir pratiqué la méthode en différents pays, je sais qu'elle marche et permet de réduire le taux d'offres d'emploi non satisfaites.

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

http://paulohana.typepad.com

21 octobre 2007

Après la grève ...(A la manière de Victor Hugo)

Je me suis réveillé ce matin avec en mémoire ces vers fameux de Victor Hugo "Après la bataille ... mon père ce héros au sourire si doux parcourait à cheval le soir d'une bataille, le champ couvert ....

Je ne puis m'empêcher de partager avec le poète ce sentiment de tristesse et d'impuissance devant ces lendemains de grève qui à l'image de ces lendemains de bataille, laissent notre économie chaque fois plus exsangue et notre croissance plus lointaine.

Sans vouloir stigmatiser l'un ou l'autre des protagonistes, on ne peut s'empêcher de constater que nous avons affaire plus à une guerre de posture qu'à une guerre de positions. En effet tout un chacun connait l'issue, à savoir que s'agissant de ces fameux régimes spéciaux de retraite, la durée de cotisation doit être allongée (dans un but de recherche d'équlibre ) et uniformisée (dans un but d'équité) .La gauche, en son temps, comme la droite depuis lontemps aussi, en avaient fait le diagnostic sans avoir eu le courage ou l'habileté pour prendre ou faire accepter la décision.

Plus personne n'ose réclamer aujourd'hui le maintien d'avantages acquis légitimement sans doute, mais impossibles à perpétuer.

Alors pourquoi cette grève ?

Mais poursuivons l'analogie avec le poète : "soudain, il crut entendre un faible bruit, c'était un espagnol de l'armée en déroute ..."

Vous connaissez sans aucun doute la suite : "A boire, à boire par pitié ...

" Il y a sans aucun doute dans le concert des protestataires des gens de bonne foi, des gens qui ne sont pas des nantis et qui comme le soldat d'Hugo tirent sur qui leur vient en aide. Ceux-là et les autres méritent toute l'attention du Général Hugo ou de leurs homologues dans notre gouvernement.

Alors même si le cheval de notre économie a fait un écart en arrière et que le chapeau tomba, et que les medias crièrent "Caramba"  ne nous drapons pas dansnos certitudes et donnons lui tout de même à boire!

Paul Ohana

Président de la Commission Réforme de l'Etat

Fondation Concorde

http://paulohana.typepad.com

P.S. Pour ceux qui souhaiteraient légitimement retrouver le très beau texte de Victor Hugo dans sa version originale et intégrale, le voici:

Après la bataille

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: " A boire! à boire par pitié ! "
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: "Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. "
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
" Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.

20 septembre 2007

La Politique sociale du Président: Faut-il encore donner du temps au temps?

L'un de nos hommes politiques et non des moindres avait coutume de dire : il faut donner du temps au temps.

Cette maxime fait partie de nos moeurs, de notre culture et cela depuis des temps immémoriaux où l'Ecclesiaste nous disait: il y a un temps pour toute chose, un temps pour l'action, un temps pour celui de la réflexion. Un texte que nous avions arbitré en faveur de l'analyse, de la réflexion dans laquelle nous excellons au détrimens de l'action devant laquelle nous reculons.

Ce rapport au temps est plus profond qu'il n'y parait et conditionne en grande partie les rapports entre les hommes, voire entre les nations.

Pour le manager d'un hypermarché son acivité est conditionnée par la date de validité d'un yaourt, la fraîcheur éphémère d'une salade, donc de l'ordre du jour; pour un trader sur un marché boursier sa prise de décision est de l'ordre de la seconde; pour un homme du nucléaire, l'enjeu des déchets nucléaires est de l'ordre de 50 ans voire du siècle, pour le paléontologue le temps se mesure en millénaires alors que dans le grand prix de la F1, l'écart de temps est de l'ordre du centième de seconde, c'est dire si nos rapports au temps sont différents, je dirais même, structurellement différents.

Mais revenons à notre rapport au temps et à cette question existentielle: faut-il donner du temps au temps, c'est à dire reporter la décision à plus tard ou au contraire agir maintenant en appliquant cette maxime qui nous vient de l'étranger : Do it now!?

C'est ce débat qu'a ouvert notre Président avec sa volonté de résoudre maintenant tous les grands problèmes avec lesquels nous avons vécu jusqu'à présent en les renvoyant chaque fois à demain.

Ce débat est encore une fois un débat entre les tenants de la manianite (que j'ai souvent combattue dans ce blog) et les tenants de l'action: pourquoi décider maintenant ? où est l'urgence? parlons en. Et la concertation disent-ils . peut-on décider sur des sujets sociaux sensibles sans consultation des partenaires? Certes non, mais c'est là que se pose à nouveau le rapport au temps .

Négocier veut dire connaître son dossier, exposer son point de vue, écouter et comprendre, faire preuve d'empathie à l'égard de la partie d'en face, et comprendre qu'il faut conclure. Négocier ne peut plus et ne doit plus vouloir dire chercher une façon déguisée de "gagner du temps" quand en réalité c'est de perte de temps qu'il s'agit.

Aussi, s'il a été des circonstances où il a été urgent d'attendre, il y en a dautres où il est urgent de ne plus attendre.

C'est, semble-t-il, la voie qu'a choisie le Président Nicolas Sarkozy.

Paul Ohana

Président de la Commission réforme de l'Etat

Fondation Concorde

01 septembre 2007

Nicolas Sarkozy et le monde de l'entreprise: ou de l'importance du prisme en communication.

J'ai donc écouté avec beaucoup d'attention en professionnel l'intervention de Nicolas Sarkozy devant le parterre des 5.000 présents à l'Université du Medef.

J'ai apprécié la clarté de l'exposé, le volontarisme affiché et soutenu par une gestuelle adéquate, j'ai apprécié l'humour, les silences, la conviction mise dans les propos, une conviction qui a atteint son but puisque le Président a eu une "standing ovation" impressionnante de plusieurs minutes.

L'acoustique ne posant aucun problème, le vocabulaire étant accessible, nous avons donc tous "entendu" physiquement le même discours. Alors pourquoi sa restitution par les différents medias a-t-elle été aussi diverse, parfois aussi contradictoire? J'ai eu l'impression que nous avons entendu les uns et les autres un discours différent.

Les experts en communication vous diront qu'il y a un filtre entre l'émetteur et le récepteur qui va coder pour chacun d'entre nous le message en fonction de notre passé, notre culture , notre appartenance politique, ... et qui va nous faire entendre le  message  de nos attentes et pas forcément celui qui a été émis.

Ceci explique probablement pourquoi l'Huma titrait à propos du discours du Président de la République: "Une violente charge antisociale" alors que "Le Monde" dans son éditorial daté du 1er septembre écrivait: "Ce discours libéral n'était pas univoque. M.Sarkozy a cherché à rassurer les salariés. Oui il y a un problème de pouvoir d'achat" J'ajouterai qu'il s'est attardé sur le sujet, exemples à l'appui, et qu'il a vivement incité les chefs d'entreprises à revoir la question des salaires passée au second plan depuis la loi sur les 35 heures.

Nous avions deux prismes différents, trois avec le mien, et donc trois perceptions différentes.

Et pourtant, il est possible de sortir de cette impasse:

on peut ne pas laisser le prisme de nos perceptions premières nous dominer , on peur vouloir remplacer nos a priori par de l'empathie, une écoute et une compréhension de l'autre, en un mot accepter nous mêmes de changer,

c'est ce qu'on appelle l'ouverture.

Bonne soirée ,

Paul Ohana

Responsable de la Commission réforme de l'Etat

Fondation Concorde

http://paulohana.typepad.com

30 août 2007

En direct de l'Université d'été - J2

une grande journée aujourd'hui à HEC . Après la mise en train d'hier soir rendue un peu laborieuse par la froidure d'un prochain automne, la journée d'aujourd'hui est beaucoup plus opérationnelle, l'accès au café est désormais facile, les glaces Haagen Dasz aussi, chacun a pris ses marques et choisi son emploi du temps.

Pour moi le choix est fait:

interview à 9.45 sur France Info (j'espere que vous ne l'avez pas loupée) sans quoi c'est le moment de l'écouter en cliquant ici 

Interview de Roger Karoutchi à 10.45, une interview tonique, détendue dans laquelle on comprend les futurs points forts de sa campagne lors des prochaines régionales, une interview qui a pu être enregistrée et mise en ligne grâce à la collaboration d'un jeune blogueur dévoué Thibault Breton de la Baronnière (http://www.bdelab.com). Cliquez ici et vous pourrez voir la vidéo.

suivi du discours de Nicolas Sarkozy à 15 Heures. En un mot,un très grand moment auquel personne selon moi ne pouvait rester indifférent. Une volonté de partager sa conviction que la croissance, le développement, la réussite étaient avant tout affaire de comportement, d'attitude, de volonté qui devaient se faire par tous et au profit de tous. Un coup de chapeau appuyé, un signe de reconnaissance très fort au monde des entreprises et des entrepreneurs , à tous ceux qui jouent le jeu et à qui on fera confiance a priori; une volonté de remonter des façons de faire , des procédures , des comportements qui transformaient toute mesure d'encouragement en un chemin de croix. Beaucoup d'humour, de sincérité, de conviction.
A un journnaliste de France Info qui me demandait ce matin si d'aventure j'écrirais qu'il n'y avait rien de nouveau dans le discours de Sarkozy, je confirmerai ma réponse de ce matin: je ne venais pas écouter une nouvelle liste de mesures (il y en a eu d'annoncées), je venais me ressourcer , trouver et partager ce vent d'optimisme et de conviction qui fait basculer les décisions, de l'attentisme à l'action. Et cela, je l'ai trouvé, je pense même que nous l'avons tous trouvé. Y compris j'espère la charmante journaliste de l'Huma assise près de moi qui m'a interviewé.

D'autres grands moments en perspective. On en reparlera.

Amitiés

Paul Ohana

En direct de l'Université d'été - Interview de Roger Karoutchi

par Paul Ohana

16 août 2007

Jouer le Jeu à l'Université d'été du Medef ou siffler les Hors Jeu?

C'est par un aimable pléonasme, voulu bien sûr, que s'annonce la prochaine Université d'été du Medef.Il est vrai que le rappel des évidences s'impose parfois. Nous avons vécu de tels conflits de valeurs que l'on ne sait plus trouver parfois nos points de repère. Ainsi le travail est-il source d'épanouissement ou d'asservissement?  le développement est-il synonyme de progrès ou de destruction de richesse?  le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est-il un droit fondamental ou est-ce au nouveau droit d'ingérence de remettre de l'ordre là où nous l'estimerions bafoué? on pourrait poursuivre ainsi la liste...

C'est donc ces sujets que le Medef va aborder dans le cadre du Campus d'HEC plus propice sans doute aux échanges et à la réflexion que le palais vitré des Nations Unies sur la 42 eme rue à New York. En effet, si le cadre et l'initiative sont français, la participation , elle, est internationale. Internationale au niveau des organismes présents, au niveau des représentants de différents pays, émergents en particulier, ou encore au niveau de la présence des grands patrons de l'industrie mondiale. C'est donc tout à la fois Davos, le Conseil de Sécurité de l'ONU,le Conseil de l'Europe, les Forums du Développement durable,les think tanks internationaux et bien sûr le MEDEF , grand organisateur de la manifestation que nous allons retrouver .

Dans ce contexte, une initiative additionnelle, la place réservée aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, et en particulier le blogging live, une opération de blogging menée en direct par une cinquantaine de blogueurs dont votre serviteur qui couvriront l'évènement.

Nous aurons donc l'occasion de jouer le jeu ensemble; mais il ne peut y avoir de jeu sans arbitre et puisque la terre est plate nous dit Friedman, et que nous sommes tous sur le même terrain de jeu, il nous faut aussi de toute urgence trouver cet arbitre providentiel qui pourra siffler les hors jeu!

Dans l'intervalle, bonnes fins de vacances et à bientôt sur le Campus HEC.

Bien à vous

Paul Ohana

http://paulohana.typepad.com

09 août 2007

Vacance, vacances ...

J'ai toujours été interpellé par cette apparente anomalie de la langue française: pourquoi vacance au singulier a une connotation négative alors que dès lors que l'on parle de vacances, au pluriel, un sourire éclaire généralement tous les visages?

Réflexion faite, je me suis dit que vacance faisait penser à la vacance de pouvoir, à la sensation désagréable qu'il n'y a pas de pilote à bord ; Or chacun sait que le français a horreur du vide et des risques forts de dérive qu'il peut entraîner ...

Vacance, c'est aussi une vacance de poste, d'un poste rendu disponible et qui par les temps qui courent ne sera probablement pas remplacé.

Vacance n'est pas vacation, même si en anglais les vacances se disent vacation. Vacance chez nous c'est l'absence d'action alors qu'une vacation est l'expression d'une activité concrète .

Venons en maintenant aux vacances:

Où les avez-vous prises? Car on les prend les vacances, à qui ? Si l'air contrit, on ne les a pas prises, c'est donc qu'on les a laissées?  Pour des temps meilleurs.. Au fait quel temps faisait-il pendant vos vacances?

Mais les vacances, qui auraient dû etre a priori synonymes de vide, de manque , ont réussi à combler le vide qui leur est consubstantiel et à devenir un phénomène politique-social-économique-culturel.

Ainsi, sachez que Gordon Brown a interrompu ses vacances pour s'occuper de la fièvre aphteuse alors que d'autres ne l'avaient pas fait pour s'occuper de la canicule et de ses méfaits,

Sachez que le lieu où notre Président passe ses vacances est le sujet prioritaire de préoccupation de son opposition,

Sachez, ce qui flattera notre ego sur la qualité de notre modèle social que le Français est celui qui "prend" le plus de vacances

Sachez quand même que les vacances sont le privilège de ceux qui travaillent, et que tous ceux qui sont au chômage en recherche d'emploi ne sont pas en vacances,

Sachez enfin que les nouvelles technologies ayant bousculé les notions de temps de travail ou de lieu de travail j'en connais d'aucuns qui ont pris leurs vacances et sont en fait encore au travail tandis que d'aucuns physiquement présents au travail se pensent en vacances.!

Que vous soyez de l'une ou, de préférence de l'autre catégorie, comme dit l'Ecclesiaste, il y a un temps pour chaque chose; et le temps de la rentrée va sonner pour tous. Alors , au tavail! jusqu' à nos multiples et prochaines vacances!

Bien à vous

Paul Ohana